Le 6371, rue Drolet
1 juillet 2008La nuit dernière, à 4h47, j’ai fermé pour la dernière fois la porte de l’appartement que j’ai habité pendant huit ans. Là où tout est arrivé. Là où j’ai écrit tous mes livres, les pieds sales traînant sur le mur derrière mon bureau. Là où j’ai passé des nuits blanches à stresser à cause de l’entevue du lendemain. Là où j’ai parlé pendant des milliers d’heures au téléphone, des millers d’heures à l’ordinateur, des milliers d’heures les yeux dans les yeux. Là où j’ai cuisiné quatre fois. Là où j’ai eu trop chaud, trop froid. Là où j’ai grandi, tellement grandi, là où je suis devenu quelqu’un, quelqu’un à l’intérieur. Là où tout est arrivé.
Il y a huit ans, j’étais :
• Un jeune homme perdu
• En train de commencer une carrière en publicité, avec la certitude que c’était ma vocation
• Mal dans ma peau
• Incapable de résoudre un cube Rubik
• Un parmi des milliers à avoir l’intention d’écrire, un jour, un roman
• Effrayé à l’idée de regarder quelqu’un dans les yeux
• Un enfant
• Habité par la peur de me planter
• Pas conscient de la chance qui m’entoure depuis toujours
Ces huit ans m’ont fait du bien.
Merci, 6371, rue Drolet.
De la fraîcheur des poissons
14 mai 2008Et le poisson puait dans tout l’appartement, en vagues, en marées, et je me noyais dans l’odeur, et je toussais, et je hurlais que mes poumons étaient en train de fondre. Le poissonnier, lui-même plutôt puant, m’avait pourtant vanté la fraîcheur de l’animal, qui avait apparemment expiré sa dernière gorgée d’eau salée quelque deux heures plus tôt. Frais frais frais, avait-il dit. Et moi je l’avais cru, ne connaissant pas le domaine du poisson plus que les poissons ne connaissent le domaine du moi. S’il est mort il y a deux heures, il est frais. Sur le coup, ça m’avait semblé logique.
Mais alors que mes voies respiratoires saignaient, qu’une épaisse fumée se dégageait de l’intérieur de mon nez et que mes yeux s’aveuglaient, je n’étais plus sûr. La mort des poissons pour déterminer leur fraîcheur, tout ça me semblait bien louche.
Après tout, je connaissais plein de gens qui n’étaient plus frais depuis longtemps, et qui étaient encore en vie.
Mon poisson, avant de mourir, avait dû être un vieux chiâleux fatigant.
La drôle de mécanique du dedans de ma tête
13 mai 2008Ça me fait penser au film Cube. Le genre de trucs que j’aime beaucoup. Étouffant un peu, claustrophopacraindrelesespacesclos. Mais ça n’a rien à voir avec ce dont je voulais parler.
Je voulais parler de Rubik. L’objet avec les couleurs, qui me frustrait tant quand j’étais petit. Les maux de tête que j’ai eus, à cause de ce casse-celle-ci. M’en suis acheté un il y a quelques jours, pour le vaincre. L’ai vaincu. Grrr. Maintenant, suis geekement obsédé par la rapidité de résolution. Suis tombé sous la barre des 4 minutes aujourd’hui. Demain, sevrage.
Bleu-orange-jaune. Avec un petit peu de noir, mais ça c’est les corps flottants dans mon œil droit.
Je vais manger un fudge, tiens.
Pas fou
30 avril 2008— Je jouais au ballon-balai depuis 17 ans, mais là j’ai pris ma retraite…
— Pourquoi? Ils ont arrêté de fabriquer de l’équipement?
Cette nuit
31 mars 2008Je m’ennuyais de Mara, j’ai tapé mara dans l’iTunes, j’ai écouté Mara, et tu es revenue. Je t’ai dans la tête cette nuit, il y a des nuages, et on ne sait pas trop si le froid nous gèle ou s’il s’en va. Sur la terre ici, il vente et tout s’éternise. Il y a des trous dans la rue, les journées allongent, mais la nuit le temps passe toujours aussi lentement, les doigts sont toujours aussi engourdis et ta magie ma manque. Ça coule sous mon évier mais le toit tient bon. Les voisins ont pelleté l’escalier tout l’hiver et moi pas, mais ça tu le savais déjà. La boulangerie est fermée, il y a du carton dans les fenêtres, et toujours pas un chat chez le plombier en face. J’écris des tounes de ce temps-ci, et je travaille sur ma BD que personne ne verra jamais, et sur mille autres choses pour éviter de travailler sur les bonnes choses, mais ça aussi tu t’en doutes, hein? Il y a toujours cette vieille dame qui marche courbée à des heures pas possibles, avec ses deux sacs de plastique, mais le gros voisin n’est pas sorti de l’hiver, je m’inquiète un peu. L’air est sec, et la poussière est partout, c’est comme ça maintenant, poussière et poils de chat, t’as pas idée à quel point j’ai hâte de déménager. Je déménage dans deux mois, tu le savais je suis sûr que tu le savais, mais je me répète, c’est parce que l’âge, tu sais. Tu aurais aimé la neige, cet hiver, tu aurais fait des milliers de bonhommes tellement que tu aurais manqué de carottes. Tu te serais cassé la gueule sur la glace, mais tu aurais ri, parce que c’est ça que tu fais, rire, magnifique rire. Je vais bien, moi. Je suis paisible, tu sais cette paix que je cherche depuis toujours, je l’ai trouvée. Des fois ça fait peur, tu sais de quoi je parle, des fois ça fait peur mais une bonne peur, et l’été va être beau. Oui, l’été va être beau.
J’espère que de ton côté, tu es à la campagne en train de faire pousser du bonheur.
Blip
21 mars 2008Alors quand tu es en train d’écrire une histoire vraiment romantique, toute cute, l’histoire de deux ados qui retombent en amour après avoir été séparés, et que tu es vraiment dedans, tu y crois, tu es un peu ému, et que là, blip, tu as un nouveau email, et tu vas voir le email, et c’est un spam et l’expéditeur c’est «Anal Fuck», ça casse le beat un peu.
Ah comme le printemps a printempé
14 mars 2008Je me suis levé d’un pied neutre, ne sachant rien de l’état du monde, de la température extérieure ou des courriels que j’aurais dans mon n’inbox. Après avoir bien frotté ma blépharite chronique, j’ai réveillé mon ordinateur d’une petite caresse sur la souris, ah la la comme je suis tendre, je sais. Le monde était dans un état toujours aussi louche, le soleil était merveilleusement chaud sur l’icône de Météomédia, et mes courriels étaient aussi nombreux que peu palpitants. La journée s’annonçait belle.
L’avantage d’être travailleur autonome, ou d’être en vacances depuis des années, ou d’être simplement paresseux, c’est qu’on peut, au lever, décider qu’on ne fera rien de productif, et qu’on va plutôt aller se promener. Ce que j’ai fait. J’ai enfilé mes plus beaux bermudas, mon t-shit «I bought Christopher Reeve’s wheelchair on eBay», et mes sandales qui datent des années 90, et je suis sorti. Le soleil était à la hauteur de ce que m’avait promis Météomédia, chaud et fort et plein de rayons. L’air était un peu frais, juste assez pour ne pas transpirer à torrents, juste assez pour que mes poumons se sentent en santé. Un vent doux flattait mes avant-bras et mes mollets, et je marchais lentement, tellement lentement, comme si chaque pas pouvait être mon dernier, de cette lenteur qui, seule, permet d’apprécier la douceur d’un printemps romantico-cool.
Je me suis arrêté sur le trottoir pour caresser le toutou de la voisine, qui promenait la voisine de poteau en poteau. C’était un matin paisible, plein d’une chaleur qui s’osmose depuis l’air jusqu’à la moëlle. J’avais faim. J’aurais pu aller au petit resto du coin, mais non. Il faisait trop beau, j’ai voulu aller loin, le plus loin possible, pour déjeuner. N’importe quelle excuse pour monter dans la voiture, baisser le toit, et me promener longtemps, doucement, les cheveux au vent et les coups de soleils plein le visage.
En traversant la rue pour me rendre à la voiture, ma jambe est restée coincée dans un banc de neige, et la souffleuse me l’a broyée.
Maintenant, il ne me reste plus qu’une sandale.
C’est fâcheux.
La taille de mon engin
4 mars 2008Eh ben eh ben.
J’ai reçu un email d’un certain German Sheppard, qui s’intitule «The person had an attractive face». A priori, je ne connais pas ce monsieur Sheppard, mais je croise tellement de monde dans les salons du livre, peut-être l’ai-je simplement oublié. Je suis piqué de curiosité. J’ouvre le courriel. Un homme de peu de mots, ce German. Pas de formule de politesse, pas de bonjour Matthieu, pas de te souviens-tu de moi, pas de Hey big, on a brossé aux danseuses la semaine dernière.
Straight to the point, le Shep. Il m’écrit : «Day dreaming of ladies being in awe of your size? Make it happen today!» Alors je me dis que oui, il a bien fait de ne pas mettre de formule de politesse, parce qu’avec un propos aussi fort, aussi bien défini, il vaut mieux oublier le flafla et m’interpeller directement avec ce qui m’intéresse vraiment. Parce que oui, je daydreame depuis des années que les demoiselles soient bouches bées devant ma dimension. Ça vient me chercher, ce message. En plus, en lisant ça, au début je me suis dit que ça serait cool, mais que ça ne pourrait certainement pas arriver avant demain ou après-demain. Mais non. Aujourd’hui, dit-il. Aujourd’hui même. Vous vous rendez compte?
Je suis emballé.
Mais quelque chose cloche. Dans le titre du message, G Boy mentionne quelqu’un qui avait un visage attirant. Avait. Que s’est-il passé? Quel accident l’a défiguré(e)? Ça me trouble. Comment puis-je apprécier tout ce awe que les dames auront en voyant l’ampleur de mon monsieur si je ne sais pas ce qui est arrivé à la personne à l’ex-visage cute?
Je suis déballé.
Alors j’ai simplement répondu : «What happened?» J’attends une réponse sous peu. Je vous tiens au courant.
Comme une odeur de poisson (musclé)
29 février 2008
Alors j’ai mangé une canne de thon.
Je n’aime pas le thon.
J’ai vomi un peu dans ma bouche.
C’est ce qui arrive quand on écoute les conseils des autres. On se retrouve à faire des choses qu’on sait inutiles, ou haut-le-cœurisantes, juste parce que bon, si ça marche pour d’autres, pourquoi pas pour nous? La foi aveugle, l’effet placebo, tout ça ne vaut pas le caramel. Qu’on se le tienne pour dit, le caramel, il n’y a que ça de vrai.
Bon, c’est pas tout, ça. J’ai un écran à regarder sans faire quoi que ce soit.
Le sommeil de l’injuste
28 février 2008
Et si j’allais me coucher? Parce qu’après tout, j’ai fait tout ce que j’avais à faire aujourd’hui, si on oublie la portion «tout», et aussi la portion «j’ai fait». Il y a des nuits comme ça où on aimerait être capable de faire ce qu’on aime faire, et que rien ne se passe, comme si le temps était engourdi, comme si l’air était crevé.
Alors je fixe l’écran, en me disant qu’il faut bien que ça débloque, à’manné, les mots et les virgules et les accents et les points (les points-virgules on s’en crisse). Quand toutes les touches du clavier sont sales sauf celles de ton password de email, ce n’est pas très édifiant. Il doit bien y avoir une recette, que je me dis, mais je sais très bien qu’il n’y en a pas, que tout ça ne se contrôle pas, ne se conditionne pas. La musique, les livres, la méditation, la masturbation, rien n’y fait. Que des plans, que des projets, que des structures, et rien qui se répand sur l’écran sans que je m’en rende compte. C’est dommage.
Et si j’allais me coucher?
Nah. Je vais continuer à regarder l’écran. Quel bel écran.
Oui, quel bel écran.
Du bien dans mes oreilles
24 janvier 2008C’est la première fois que ça m’arrive. Les fois précédentes, au début de la lecture, j’étais tout gêné de l’intérieur. Puis, plus la lecture avançait, moins j’étais gêné mais plus j’étais déçu. Un mot mal dit, un ton mal rendu, une virgule mal appuyée, ou tout ça pas si mal, mais juste pas comme moi je l’imaginais en l’écrivant. Je n’ai jamais aimé qu’un comédien lise un texte que j’ai écrit. Ça m’a toujours fait plaisir, bien sûr, mais le résultat m’a toujours égratigné les oreilles. Jusqu’à aujourd’hui.
Dès les premières secondes de la lecture faite par Marc Béland de ma lettre d’amour, sur le CD qui se trouve dans le coffret Mille mots d’amour de cette année, j’ai su que oui. Que c’était en plein ça. L’an passé, quand ma lettre en papier avait été incluse dans la troisième édition du coffret, j’étais content, je l’aimais bien. Mais cette année, avec cette version audio, la lettre prend une toute autre dimension. Plus de profondeur, plus de poids, plus d’émotion.
Pour la première fois, je trouve qu’un texte que j’ai écrit est meilleur lorsqu’on l’entend que lorsqu’on le lit. Merci m’sieur Béland. Merci, vraiment.
Si ça vous intéresse, c’est une toute petite partie d’un objet magnifique, que je vous encourage à acheter, plein de lettres écrites par plein de monde que vous aimez. Le coffret Mille mots d’amour, publié par Les Impatients, est en vente maintenant. Et c’est pour une superbe cause, en plus.
Les joies de l’auto-text
19 décembre 2007Quand je tape «télé» dans mon Word, ça me suggère avec enthousiasme «Télé-Métropole».
Et quand je tape «obje», ça me suggère allègrement «Objet: heures d’utilisation de votre terrasse».
Enfin, quand je tape «bozo», ça me suggère subtilement «Bozo le Clown».
Rien de moins.
Donc, quand vous lirez ces expressions dans mon prochain roman, sachez que je n’y suis pour rien. On appellera ça un collectif. On fera fortune. On vivra heureux et on aura beaucoup de documents.
(Non, je ne vais pas me coucher, bon.)
Je suis comblé
11 décembre 2007Une confidence : j’aime recevoir du courrier. Du vrai, là, pas du e-. Du en papier, que le facteur dépose dans ma boîte en métal qui fait couic couic. Quand j’ouvre la boîte et qu’il y a des enveloppes, je suis fébrile. Peu importe ce qu’il y a dans les enveloppes. C’est comme ça, même les comptes Visa me font plaisir.
Alors quand on m’envoie une enveloppe promotionnelle, je suis plutôt heureux.
Quand cette enveloppe promotionnelle est personnalisée, avec mon nom à moi en couleur, c’est encore plus charmant.
Quand, dans le tagline sur l’enveloppe, qui est personnalisé (je le rappelle parce que je trouve ça vraiment cool), il y a un jeu de mots vaseux, ça m’allume encore plus.
Et quand, dans ce jeu de mots désopilant, il y a un «a» accent aigu, alors là, je suis conquis. Complètement conquis.
J’ai de la misère á me contenir.
Cerveau
30 octobre 2007Maudit que j’aime ça les affaires comme ça.